Suite Indochinoise 36

Il s’agit d’un paquet d’actions émises par Pex- société F. Sauvage, le zo octobre 1949, pour le compte des transports Maritimes et Fluviaux d’Indochine
Actions de cent piastres chacune, pour un capi¬tal de neuf millions. Statuts déposés chez M. Charles Tabouillot, à Nam-Dinh. En vignette, des vapeurs énergiques, aux machineries irrépro¬chables, en rade de Saigon ou d’Haiphong. La signature des deux administrateurs anonymes prend beaucoup de place, les tampons officiels, rouge sang, aussi.
Très vite, dans ce bric-à-brac de brocanteur, j’en choisis une en bon état, ni déchirée ni moisie, parmi les trois ou quatre cents de la liasse, pen¬sant la faire encadrer parV. à mon retour.
Revenu à l’hôtel, je découvre, stupéfait, la coïn¬cidence : l’action porte bel et bien le n° 18599. Et ma date de naissance est la suivante : 18-9-59.

Haiphong, Hôtel du Commerce. Pluie torren¬tielle. Ma single n’ouvre sur rien. Je déguste un pho dans la salle à manger, avec pour unique compa¬gnon un rat gris de bonne taille qui, juché sur le comptoir du bar, entame une assiette de poisson séché. Lui aussi a faim et s’ennuie. Bruit de râpe de ses dents sur l’arête transversale de l’instant.

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Adieux à Mannix qui n’a d’attention que pour une sympathique touriste française. Il m’avouera plus tard, avoir failli « conclure » dans le Boeing de retour.
Je rapporte un petit éléphant sculpté, un casque en latanier comme en portent les Vietnamiens du Nord, et une fine soucoupe bleue où se déploie un dragon aux nasaux fumants. Non sans fierté, Mannix a augmenté sa collection de tee¬shirts de dix-sept pièces supplémentaires.
Poignée de mains franche comme une acco¬lade. Sans doute ne faudra-t-il même pas nous revoir, en Europe : il est des amitiés qui suppor¬tent mal le décalage horaire. Nous resterons sur cette impression, fatalité des choses et des êtres : sympathie innée, nourrissante comme du gros pain bis, simple comme de l’affection.
L’avion de la Thaï, Hanoï-Bangkok, m’em¬porte.
Le fleuve charrie ses alluvions couleur de sang. L’Indochine disparaît sous l’aile. J’aime le monde de cette hauteur, à cette distance. La vitesse excuse tout.
Qu’avais-je espéré trouver sinon, sous diffé¬rents masques, dans quelque accident du temps qui serait celui aussi de la mémoire, un peu de moi-même ?

Vol de retour Bangkok-Stockholm.
Chassez le naturel… Si le menu propose du saumon sauce fenouillette avec sa jardinière de légumes ou de la noisette d’agneau à la moutarde de Meaux, arrosés d’une « côtes-du-ventoux » non négligeable, l’équipage du 747 thaïlandais, sitôt son heure sonnée, soit après le dîner des passagers et l’ultime tournée avec les bouteilles de cognac français, se presse dans un coin de la carlingue et, à l’abri du rideau tiré, faisant fi de la hiérarchie comme de l’uniforme, se rue sur son bol de riz blanc qu’il pousse à la baguette dans le trou rond de la bouche.
Ah, ce riz ! Ce riz fondamental, pure denrée, éternelle, aliment roi qui rend les hommes si beaux, si enfantins, si fluides…

Derrière le hublot, la nuit noire, primitive, gouffre originel. Où sommes-nous ? Au-dessus de l’Inde ? De l’Iran ? Déjà la mer Caspienne ?
Quelques heures encore de vol et nous ne sau¬rons plus ni nos noms ni nos adresses, réduits à de simples fonctions biologiques : boire, manger, dormir. Notre chère personnalité broyée par la fatigue, laminée par les décalages et les escales, le manque de repères, la pressurisation, le vacarme continu des réacteurs. Un trou d’air nous aspire¬rait si aisément, tout juste si on râlerait…
Et la peau fanée des hôtesses vire à l’ivoire… Ce sont des masques de cire qui errent, âmes en peine, entre les sièges où soupirent nos voisins, ces parfaits inconnus…

Für mehr Infos: Vietnam Rundreisen und Baden

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