Suite Indochinoise 2

« Je suis bien souvent retourné le soir à Cholon, par l’autobus dont n’usent guère que les Annamites et les Chinois, par l’autobus dont le receveur est Malabar. ..» (LéonWerth, Cochinchine).
Le 747 de la Thaï décolle pour Bangkok. Douze heures de vol.
Il y a huit ans, avec un copain que j’avais réussi à débaucher pour l’aventure, j’étais allé en Thaï-lande. Dans le quartier du Châtelet, une feuille scotchée au revers d’une vitrine d’agence fut le détonateur : le prix restait modique à condition d’embarquer dans la semaine…
Deux jours plus tard, nous grimpions dans un DC-io de la Biman, compagnie nationale du Ban-gladesh, dont je garde un souvenir mitigé. Trois heures d’escale dans les Émirats – où nous faillîmes sur un malentendu nous faire écharper par des douaniers à cran -, dix de plus et de nuit sur les banquettes en skaï de l’aéroport de Dacca, le tout avec, au premier plateau-repas servi à bord, des maux de ventre, de tête, une colique tyrannique, épouvantable… Je finis le voyage dans du coton, sonné comme un boxeur vaincu, délirant presque, tandis que mon camarade, affolé par la situation, compulsait ses guides pour me dénicher, à l’arrivée, un hôpital digne de ce nom. En sueur, fondant comme du beurre sur une poêle, je me dirigeai à tâtons, sitôt au sol, vers cette ville compliquée et brutale, l’hôtel, ma chambre, le bloc chéri des sanitaires.
La nuit durant, refusant les médecins dont j’ai une trouille épidermique, je dormis assis sur la cuvette des toilettes. Ce ventre baratté, en compote, frappé de soubresauts, me faisait craindre le pire. Allais-je y passer, là, dans cette chambre de l’Hôtel Rajah ? Une boîte d’Ercéfuryl et douze cachets d’Imodium sauvèrent la mise. A l’aube, j’étais en carton, hébété, mais sauf…
Un tuk-tuk couineur et pimpant nous déposa au parc Lumpini, havre de relative fraîcheur dans les artères surchauffées de Bangkok. De jeunes Thaïs s’adonnaient à des mouvements de gymnastique traditionnelle. D’autres, formant un cercle, jouaient avec une balle creuse en osier à une sorte de football ralenti et aérien : elle crayonnait des arabesques dans la lumière neuve, avant de rebondir de plus belle sous le pied des joueurs immobiles.

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Des marchands de canne à sucre et de glace aux couleurs acidulées me souriaient derrière leur carriole. Il y avait des cerfs-volants dans le ciel, des bonzes en sari devisant sur les bancs, des filles à vélo, minces comme des lianes…
Flottant dans un état d’apesanteur, nous fîmes un tour sur les klongs, à bord d’une pirogue à moteur, ultra-rapide, dite « queue de pie », louée avec son pilote pour la journée. Bangkok avait ce jour-là quelque chose de Venise avec son odeur matricielle, mélange de terre et d’leau, d’humidité et de poussière , formule complexe faite de stagna tion et d’écoulement, de retenue et d’ abandon, paysage primaire qui, peut-être, ravive en nous l’écho d’un monde intra-utérin.
Le soleil vint, haut et brillant, entre deux nuages. Un rayon me toucha. Et je me sentis gonflé de sang neuf, pulsé par une énergie nouvelle, une électricité dense, inaltérable : j’étais en Asie, j’étais jeune, des dollars dans les poches, et j’avais faim de nouveau de vivre…

Nous survolons la Turquie, 780 000 km2,48 millions d’habitants, capitale Ankara, pays de hautes terres souligné, au nord, par la chaîne Pontique – à gauche, sous l’aile clignotante de l’appareil – et par leTaurus, au sud… On se sent d’autant plus entre nous que le monde humain, en bas, aplati comme une carte, se résume maintenant à des formules et des taux, nos soucis et nos petits tracas à des poussières d’atome. Installés dans notre fauteuil long-courrier, nous nous laissons aller aux vrais plaisirs de la vie : boire, manger et converser avec un détachement comparable à celui des dieux juchés sur l’Olympe.
Dormir en voguant sur une mer de nuages… Ah ! Où donc est le temps béni des « Short Empire », ces hydravions britanniques qui, au début des années trente, reliaient Londres à la Malaisie, l’Afrique du Sud, l’Australie même ?
Dotés de cabines à couchettes et d’un salon- fumoir, ils emportaient vingt-quatre passagers à travers le jour et la nuit, et les bougres se riaient des océans comme des montagnes, des formalités douanières comme des langues, voyageurs devenus éternels, rebondissant sur le globe domestiqué par l’énergie des moteurs.
J’aurais aimé faire la nique à tout le monde, moi, les prendre les uns après les autres à contre- pied, prétendre aller au Vietnam et me rendre en Namibie. Préférer Swakopmund à Saigon ; le sable aux rizières ; les descendants des colons allemands qui boivent de la bière Hansa et mangent des langoustes sur les côtes aux petits Asiatiques nourris de nems et roulant sur des Honda rafistolées. On me croirait en baie d’Halong, à bord d’une jonque ancienne et je serais dans la réserve de chasse d’Etosha, commandant à une équipée nègre, le fusil en travers de l’épaule, à proximité de l’étang Salé et de la frontière angolaise. On m’imaginerait dans un pousse, rue anciennement Catinat, en route pour un Pernod à la terrasse du Continental, tandis que je me trouverais au volant d’une Land-Rover, direction Seesriem, excité comme un fou à l’idée de découvrir les dunes les plus hautes du monde – jusqu’à cinq cents mètres.
Bonheur des mystifications !

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