En scooter dans la cité des lacs

IL A PLU à l’aube sur Hanoi et Hanoi est mouillée. Je descends la rue Trang Tien, l’ex-rue Paul-Bert, laissant derrière moi parmi les miroitements et les flaques le grand opéra moutarde, la bâtisse blanche aux volets verts de l’Hôtel Métropole, l’ancienne Poste coloniale sur ma droite. Devant moi, scintille le lac de l’Épée Restituée (Hoan Kiem) qu’ombrage une frange de flamboyants et de tamariniers – un lac pâle et profond comme une légende antique, surmonté d’un pagodon. Mais, déjà, la chaleur a monté d’un coup ; l’air est brûlant ; à huit heures du matin, les rues s’emplis¬sent de scooters Honda, de motos Minsk, de vélo¬moteurs Babetta, répercutant leurs premiers ton¬nerres de klaxons, leurs fiévreuses poussées d’accélérateurs. Marée haute, la ville enfle sous ces vagues successives et motorisées. Et Hanoi va rugir jusqu’à l’écluse du soir de ce grondement ininterrompu, mélangeant à n’en plus finir les imperméables jaunes, fuschia, verts et parme, toutes ces taches crues et mobiles qui, dans le flux de circulation des deux-roues, sont comme des fleurs vivantes…

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Un poisson vif a sauté hors de l’eau. Longeant les rives du lac, je m’asseois sur un banc frappé du sigle NamThang. Un gamin en flip-flap balaie un reste d’œuf dur ; un vieil homme en béret basque feuillette Le Courrier du Vietnam ; entre les deux, une vendeuse de caramboles aux dents laquées sourit comme une reine, sa palanche sur l’épaule, trottinant. Là-bas, des filles jouent au badminton entre deux bambous et poussent de petits cris. Le pagodon au milieu de la pièce d’eau s’irise de lumière neuve…
Huit heures trente. Prendrai-je une soupe, un pho, au petit déjeuner, adossé à ce mur crème, écaillé ? Fines lamelles de bœuf, pâtes coupées aux ciseaux comme des nattes, pincée de coriandre frais, de menthe aquatique, filet de citron vert ?
– Pourquoi pas ?
Je tire une chaise lilliputienne et une paire de baguettes en bois blanc. On me sert un bol fumant. Au loin, les haut-parleurs crachent un chant patriotique suivi d’une valse devienne. Des oiseaux dans des cages d’osier pleurent leur liberté perdue. Chaleur âcre. Je suis le seul sous les frangipaniers à ne pas être torse nu. Je repense à mon après-midi d’hier : ma visite du Mausolée Hô Chi Minh. À l’instar de Lénine, l’Oncle Hô, père de l’Indépendance, a été tout simplement momifié. Même s’il souhaitait que ses cendres soient dispersées sur les trois régions du Vietnam, on conserve son corps embaumé dans cette bâtisse carrée, sorte de temple romain, haut de vingt et un mètres, en bois précieux et en marbre gris de Danang. Ahurissant. Presque kitsch…
Sur la place Ba Dinh, avec en contrefond l’ex¬lycée Albert-Sarraut et le Palais du Gouverne-ment, il faut emprunter le long tapis grenat qui mène jusqu’aux escaliers. Là, des soldats de la Garde spéciale vous attendent, sérieux, sévères, en uniforme blanc d’apparat. Interdiction de parler, de photographier, il faut conserver les bras le long du corps. On avance au pas du soldat qui vous escorte. Deux par deux, l’on grimpe un premier escalier puis l’on en redescend un second. Les sons de la ville s’atténuent, disparaissent, étouffés. Pour un peu, on aurait peur. L’atmosphère est lourde, pesante, en dépit de la climatisation qui chuinte : on est bien dans un tombeau, mais avec un mort qui ressemble à un acteur masqué. Sur la gauche, en entrant, le cube vitré, surélevé au milieu de la grand pièce, vous happe aussitôt comme l’œil du cyclone. La curiosité l’emporte sur la crainte. Une momie ! En fait, c’est un vieil homme allongé, paisible comme s’il dormait, qui repose sous une lumière violette. Costume sombre, barbiche longue et bien peignée sur le ventre. Mains croisées. D’autres soldats immo¬biles, statufiés, veillent autour, ajoutent au solen¬nel… L’impression d’être tombé dans un musée Grévin tragique. Où seul le visage du « Père de la Nation » apparaît étonnamment fixe mais vivant – son reflet dans la glace flotte entre les parois mar¬brées du décorum.

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