En scooter dans la cité des lacs 3

Une sono diffuse ses airs guimauve. Je me rapproche du centre de Tarn Dao. Des bars à kara- koé, avec des filles gourdes et maquillées sur le seuil, se pressent autour de l’église transformée en Maison du Peuple. À la place du Christ, il y a un drapeau rouge punaisé sur du carton. Et plus aucune villa du faste balnéaire de jadis…

Voir plus: demande de visa vietnam | Circuit baie d’halong | Excursion delta du Mekong | circuit 7 jours nord vietnam | Voyage sur mesure au vietnam

Déjà, il faut rentrer. Hanoi m’attend comme elle semble vous attendre toujours, à la fois confite et active, désordonnée et policée. Hors du temps et fanée… Les ravalements et les couches de pein¬ture, cold-cream moutarde et bistre, n’y feront rien : Hanoi reste une vieille dame.
PhamThe Hong m’a donné rendez-vous près de l’ambassade de France. Il est traducteur de profession et travaille sur Giraudoux. En vietna¬mien, on lui doit entre autres Les Fourberies de Scapin, un roman de Kessel, l’adaptation d’un opéra d’Offenbach.
Le rendez-vous est donné sur un bout de trot¬toir ; nous partons tout de suite. Un café plus bas, rueTran Hung Dao, abrite nos conversations. Non pas dans la première salle d’ailleurs mais dans une autre pièce à l’abri des regards et des oreilles, après une enfilade de couloirs, un escalier étroit. On tire les volets, apporte les bières, allume des cigarettes « Souvenir ». Entre nous. Tran¬quilles. Le ventilateur ronronne, animal appri¬voisé.
Le bonhomme est intarissable mais prudent. Son français chante. Parfait. Il aime notre langue depuis qu’il a lu L’Homme qui rit de Victor Hugo.
– Un choc, une admiration, précise-t-il. Au point que j’ai appris votre langue tout seul.
– Et si vous aviez un souhait ?
-Traduire un moderne. Philippe Djian, par exemple. Mais il y a trop de décalage avec les mentalités d’ici.
Dehors, la chaleur est toujours là, les motos et les scooters aussi. De quoi avais-je envie en cette fin d’après-midi où quelques éclairs rayaient le rose du ciel ? De sang de cygne aux épices, d’une montre soviétique en acier trempé, de prunes séchées au sel ou de ponts voûtés et luisants sur lesquels je ferais résonner mes pieds nus ? Non, rien qu’une autre course dans la ville, dans son vacarme de cycles, parmi sa foule.
Au feu rouge, aucune voiture, mais deux cents moteurs qui tournent au ralenti, alignés au cor-deau, prêts à bondir sur l’asphalte. Des filles et des garçons avec en croupe ou en amazone des amis, des mamans, des cochons dans des paniers de fer, des bonsaïs dans leurs pots, des nattes roulées, tout et n’importe quoi. Parfois jusqu’à trois passagers sur une pétrolette.
Je traverse. Une libellule m’accompagne. L’orage va tout envahir. Des gouttes vont crépiter en mitraille. Le trottoir en face abrite six coiffeurs de rue dont les miroirs renvoient mon image frag¬mentée et déjà floue. Et, dans le reflet croisé des glaces et le regard des motocyclistes, le paquet de « Souvenir » dans la poche, c’est le Vietnam tout entier qui me dévisage…

Sehen Sie mehr: Vietnam Rundreise und Baden

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*